La maudite française mais c’est qui celle-là?

Tout est question d’ironie et d’autodérision.

Ici au Québec, si tu es Française et que tu la ramènes un peu trop, et bien tu peux vite tomber dans la face obscure de l’expat pas trop aimable, qui sait tout, et qui arrive d’outre Atlantique, c’est-à-dire une maudite française.

Je suis arrivée à Montréal en 2005, et j’en ai entendu des belles au fil des années.

Les maudits français, en règle générale, parlent avec un accent (oui, oui on a un accent ici), ils s’estiment supérieurs et plus cultivés que les autres, mangent du fromage qui pue, des cuisses de grenouilles (des trucs trop pas vegan quoi), fument trop de Marlboro, portent du parfum car ils ne se lavent pas beaucoup, et la maudite française, elle, en plus, ne s’épile pas. Pouimp.

Bref, chaque culture est stéréotypée quand on vit à l’étranger, et la France n’échappe pas à la règle avec tous ses préjugés.

Native du Sud de la France, je viens d’une région où l’on parle franchement, où les cigales chantent aussi fort que les supporters de l’OM un soir de match, où le mot putain commence, ou termine la plupart de nos phrases. Où l’on s’emballe pour rien (« Aiiiaaa tu savais que Fanny, la fille qui était avec nous au CM2, a quitté son mec pour le boulanger de chez Banette? »), où l’on blablate un peu, voir beaucoup (« Bah ouais je savais, il parait même qu’elle est enceinte de 3 semaines mais qu’elle ne sait pas de qui est l’enfant »), où l’on monte au quart de tour quand quelque chose nous irrite (« putain, ça m’a gavé »). Bref, où l’on a le sang chaud tout simplement.

Mon expatriation m’a montré que le fossé culturel se trouve là.

Notre façon d’être et de réagir, que l’on soit du Sud de la France, du Nord, de la côte Basque ou bien d’Alsace, peut rapidement être assimilée ici à une sorte d’agressivité et/ou de dédain.

En France on dira que tu es une grande gueule, ici tu seras arrogante.

Si ta voix vrille un peu trop vers l’aigu quand tu n’es pas d’accord, tu seras agressive.

On parle Français mais ce n’est pas la France, tu comprends-tu?

Alors après quinze années entre Montréal et Marseille, et bien, je finis par me dire qu’ils ont bien raison les québécois de nous voir comme des maudit(e)s français(es), lol. Car ce n’est pas forcément mieux chez nous, hein.

L’expatriation c’est savoir s’adapter au mode de vie que tu choisis, alors tu apprends à te calmer, à parler moins fort, à contrôler tes émotions (comme on dit ici), être plus neutre, et à ne pas être trop direct dans tes rapports, mais plus diplomate.

Tu découvres la culture de ta terre d’adoption et tu t’y adaptes au fil du temps. Parce que ce côté plus posé et serein, il te fait du bien au final.

Et du coup, comme par enchantement et bien tu cries moins, tu hausses moins le ton, tu ne fumes plus des Marlboro, mais des pétards, tu ne klaxonnes plus au volant de ta voiture comme une débile (« Mais dégages ta caisse espèce de gros connard !!!!!»), et tu te mets même à penser au zéro déchet (alors que tu ne savais même pas ce qu’était le compost il y a 2 ans).

C’est une belle découverte de soi d’être une maudite française : une remise en question, la naissance d’autres perspectives de la vie, la rencontre avec la différence quotidienne.

Et une fois que tu admets que oui, tu aimes ta vie ici (car elle t’offre de jolies rencontres, de belles opportunités, et que tu as trouvé une certaine sérénité) c’est là, à mon sens, que tu es intégrée, car tu acceptes et apprécies la différence, tout simplement.

Merci la vie, Merci le Québec de m’avoir fait connaitre une autre moi.

Maudite française et fière de l’être.

 

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